Résumé

 

La logistique et plus particulièrement la livraison vers le client final ont été et restent encore une problématique difficile à appréhender pour les acteurs du e-commerce et une préoccupation persistante pour les cyberacheteurs.

Avec l’essor du e-commerce, je tenterai de démontrer que la question de la logistique ne peut plus être laissée de côté et doit être appréhendée non plus par le versant de difficultés à surmonter mais comme une opportunité « à réinventer notre environnement ».

Nous verrons que les nouveaux modes de livraison sont une réponse partielle car ils n’apportent pas ou peu de solutions durables face aux enjeux à relever dans les domaines urbains, réglementaires, environnementaux et économiques.

Un changement de comportement de la part du e-consommateur, du e-citoyen doit s’opérer rapidement afin que l’empreinte de la e-livraison se réduise.

 

Introduction

Le e-commerce complexifie le process logistique. Au point où l’on parle dorénavant de e-logistique montrant ainsi que ce sujet doit être appréhendé de manière particulière.

L’une des particularités de la distribution du e-commerce est qu’il faut acheminer le produit vers le client final et dans ce cas-là, le client peut être à domicile, sur son lieu de travail, demander à être livré en magasin ou que son colis soit déposé dans un casier, par exemples. Pour ces raisons, on peut dire, en effet, que le e-commerce a engendré des difficultés nouvelles pour les logisticiens mais également pour les e-commerçants

 

L’Essor du e-commerce ne fait qu’accroître les difficultés des e-commerçants à gérer leur logistique

Les chiffres l’attestent. Le chiffre d’affaires du e-commerce, en France, atteint aujourd’hui 82 milliards d’euros, soit 8% du chiffre d’affaires du commerce de détail en France (source FEVAD). Si, aujourd’hui, toute la distribution traditionnelle ne voit que par le digital, l’explication est à trouver dans le taux de croissance à deux chiffres que cette activité e-commerce connaît constamment depuis une dizaine d’années (+ 16% en 2017, source FEVAD). On est bien au-dessus des chiffres de croissance de l’activité en France (+/-1%) et en particulier de celle de la croissance du commerce de détail en magasin (inf. à 2%).

 

L’attractivité du e-commerce, pour nous e-consommateurs, provient du large choix de produits et services que l’on peut trouver sur les sites de e-commerce, de pouvoir facilement comparer facilement les prix et enfin du côté ludique de l’achat sur l’internet.

 

La e-livraison

Au travers de ces chiffres de 505 millions de colis et une croissance continue du e-commerce de plus de 10%, il existe une corrélation parfaite entre la croissance du e-commerce et celle du nombre de livraisons.

Cette croissance du e-commerce à donc un impact direct sur les besoins en logistique en termes de capacité d’entreposage ou du nombre de colis à traiter et de manière générale sur la stratégie logistique omnicanale à mener dans son ensemble.

 

La distribution, un des 4P négligé dans le passé

Au regard de la concurrence accrue qu’entretiennent les e-commerçants de toutes tailles et de tous secteurs d’activités, on constate que les e-commerçants ont agi sur les leviers marketing tels que le prix, le produit et la communication.

Depuis le début de l’ère du digital, on constate néanmoins que le quatrième P, celui de la distribution, et de manière sous-jacente de la livraison vers le client final, n’ait pas ou peu été exploité par les e-commerçants.

Alors qu’après le « prix », les cyberacheteurs attachent beaucoup d’importance aux modes de livraison proposés par les e-commerçants et considèrent que ce choix des solutions de livraison est le deuxième critère de sélection d’un site marchand pour finaliser leur achat sur internet.

La livraison est donc un point de contact essentiel.

Cela s’explique car il est l’ultime (et presque seul) lien physique entre l’e-commerçant et son client.

Au travers des résultats tirés d’une étude de Metapack (société spécialisée dans la e-livraison), il est clair que la livraison demeure importante à plus d’un égard et l’e-consommateur devient exigeant sur :

  • les choix proposés dans les modes de livraison
  • la demande de suivi et d’informations tout au long de la livraison de sa command sur internet.

 

 

Les modes de livraison proposés par les e-commerçants

Traditionnellement, les modes de livraison plébiscités par les e-consommateurs sont la livraison à domicile et le point relais.

 

Les éléments justifiant de la part du e-consommateur ces préférences pour la livraison à domicile et le point relais sont :

 

 

 

 

La livraison à domicile :

  • Vieillissement de la population,
  • La diminution du taux de motorisation en centre-ville,
  • Confort d’achat et un intérêt pour l’achat ludique
  • Une valeur du temps en augmentation

 

Le point-relais :

  • Prix
  • Proximité
  • Traçabilité

 

Les nouveaux modes de livraison

Les e-commerçants, pendant longtemps, n’ont pas remis en cause ces modes de livraison précédemment cités.

 

Les préoccupations des e-commerçants accompagnés de leur logisticien ont été :

  • de répondre aux attentes des consommateurs que sont de « Livrer plus propre, plus vite, plus près »

Et de

  • Relever le défi de la livraison du dernier kilomètre

 

Voyons ce qui a été mis en œuvre :

Le click-and-Collect, le drive ou le casier de retrait tentent de transférer ce dernier maillon au consommateur.

Le véhicule électrique ou le véhicule au GNV le cargocycle ainsi que la livraison collaborative (Crowdshipping) tentent de répondre à la diminution de l’impact écologique de la livraison du e-commerce.

 

Toutes ces solutions répondent à une adaptation du e-commerce au comportement du consommateur et à notre environnement urbain actuel.

 

 

Mais et je pose la question

 

Et si une autre voie existait…car…Il est peut-être temps que le e-commerce soit acteur de son développement.

Pour tous les acteurs du e-commerce que ce soit le logisticien, le e-commerçant, comme le e-citoyen, la facture commence à être lourde et des enjeux restent à relever notamment en termes :

  • Urbain : Eloignement des centres de logistique générant de la congestion en zone urbaine
  • Réglementaire : Des centres-villes qui se referment sur eux-mêmes
  • Environnemental : Une pollution atmosphérique et sonore
  • Economique : La livraison du dernier kilomètre est la plus coûteuse, environ 20 % du coût total de la chaîne

 

Afin de répondre à ces enjeux, les solutions seraient donc :

  • Accompagner la croissance du e-commerce
  • Créer des zones de stockage urbain
  • Accélérer la transition énergétique
  • Changer les comportements

 

Sur ce dernier point, il s’agit selon moi de « réinventer le e-consommateur ».

Il faut inciter le client à réceptionner sa commande en dehors de son domicile et donc dans d’autres lieux.

 

Pour cela, il y aurait trois cartes à jouer :

 

  • Jouer la carte urbaine

La ville doit intégrer le e-commerce en jouant par exemple, sur la mise en place de CDU (Centre de Distribution Urbain) au coeur des villes et des quartiers où la marchandise pourrait y rentrer par les voies ferrées ou fluviales et permettre au e-consommateur de retirer son colis dans ce même lieu.

  • Jouer la carte magasin

Redonner envie au consommateur de venir en magasin en réinventant le point de vente physique grâce au digital ou selon le concept du Web In Store.

  • Jouer la carte prix

Offrir le dernier kilomètre à votre client si votre client fait les derniers pas.

 

Voies futures de la recherche

Si on s’intéresse à ce sujet, les pistes de recherche pourraient porter sur les points suivants :

 

  • Comment réduire l’emprunte écologique de la e-livraison en jouant à la fois les cartes de la livraison et également du e-consommateur « éco-responsable » (réinventer le e-consommateur)

 

  • Le e-consommateur est connecté/ Favoriser le flux d’informations et non plus le flux produit. Les consommateurs sont plus dans une attente d’une meilleure traçabilité de sa commande qu’une livraison rapide de son colis

 

  • La gestion optimale du dernier kilomètre ne serait-elle donc pas de supprimer ? Pour s’intéresser particulièrement à l’avant dernier kilomètre.

 

Conclusion

Le e-commerce bouleverse nos habitudes de consommation. L’élément que la Société n’avait peut-être pas bien appréhendé est son impact sur nos villes. Et pourtant c’est une réalité, aujourd’hui.

Le milieu urbain doit être repensé et les e-commerçants accompagnés des logisticiens et des acteurs politiques ont un rôle essentiel à jouer. Cette prise de conscience de l’impact écologique de nos achats doit être mené également par nous, e-consommateurs. E-citoyens.

Tous devront agir de concert pour une économie et une société plus vertueuse.